La Vie et la Mort
Les nihilistes n’y trouvent aucun sens et d’autres, comme Platon ou Socrate, voudraient qu’on l’explore.
Selon moi, la Vie n’a de valeur que parce qu’on lui en donne : en construisant une famille, en s’activant à trouver le moyen de vivre longtemps, en bonne santé et dans le confort. Peut-être l'homme lui en accorde-t-il autant parce que c’est bien plus la souffrance et la mort qui lui font peur et qu'il veut s'en préserver.
Je ne cherche pas à savoir si ma vie a un sens, si je suis sur Terre pour accomplir quelque chose de particulier. Je considère qu’il est probable que cette existence sensitive et matérielle soit un passage, une expérience. J’imagine sans mal autre chose, de plus grand, d’inexplicable, de plus spirituel.
Peu importe le temps que nous passons sur terre, sans doute est-il judicieux de vivre chaque instant avec le plus d’intensité possible.
Ma mort ne me fait pas peur. Enfin, pas trop, ou pas encore en tout cas ! Comme pour tous, je voudrais seulement avoir la chance de mourir sans souffrances. Mais il est courant de souffrir avant de mourir ... Je devrais peut être avoir peur finalement...
Si je ne crains pas particulièrement de quitter ce Monde, j’ai, toutefois, toujours terriblement redouté la mort de mes proches. Et il faut croire qu’à ce sujet la vie est taquine car à 27 ans me voilà déjà à "demie-orpheline". Mon papa, mon tendre papa, mon complice, mon meilleur ami, mon confident ; lui qui me comprenait si bien, lui qui trouvait toujours les mots pour me rassurer en toutes circonstances ; s’en est allé...
Foutu cancer !
Et me voilà qui pense à nouveau à la Mort, à ce qu’on laisse … à ceux qu’on laisse !
Depuis deux ou trois ans, je m’intéresse à l’au-delà, aux esprits, à ce qu’il resterait peut- être de nous, une fois nos corps éteints.
Je ne peux pas dire que je suis convaincue de l’authenticité de ces écrits, mais je dois avouer qu’ils ont été pour moi d’un grand réconfort. Je crois « que je crois » qu’il y a quelque chose après. Est-ce pour me rassurer, pour que ma douleur soit moins vive à l’idée d’avoir à jamais perdu mon père ? Peut-être, peut être pas.
Je suis plutôt cartésienne et difficile à convaincre d’ordinaire mais je me suis laissée séduire par toutes ces hypothèses. Et si nous n’étions sur terre que de passage ?
Il me plait de penser que c’est le cas. Ceci étant dit me concernant, s'il n’y avait plus rien après, ça ne me ferait pas davantage craindre la Mort. Il y aurait la Vie puis le Néant. Un sommeil éternel, sans rêves. Après tout, ce n’est pas pour le mort que c’est compliqué, c’est pour ceux qui restent !
La Mort est un sujet tabou dans notre société occidentale. On en parle peu. Euthanasie, soins palliatifs, expériences de mort imminentes ; les sujets qui s’y rapportent sont pourtant nombreux. On la banalise dans les films et dans les jeux vidéo. Tant qu’elle ne fait pas partie de la réalité, on peut en parler, en rire et même en jouer. Mais dès lors qu’elle nous touche, brutalement, dès qu’on l’envisage pour nous même ou pour les autres, on la tait. Et tout autour de nous est fait pour qu'elle reste silencieuse...
Quand vous perdez un être cher, il est difficile de parler de cette souffrance, de l'exprimer, de la formaliser. Cela parait tellement insensé, iréel. Ceux qui s'essayent à nous réconforter promettent qu'avec le temps "çà ira mieux", et les autres ne préfèrent pas demander comment çà va parce qu'ils "savent que cela ne va pas" ou bien n'abordent jamais le sujet parce qu'ils "ne sauraient pas trouver les bons mots".
Pourtant, une simple promesse d'être là ; "pleure autant que tu veux parce que c'est légitime, et je serai là avec mon mouchoir et mon épaule" ou encore "non, le temps ne fera pas de miracle, mais avec un peu de chance la douleur s'attenuera et quand elle t'arrachera le coeur à nouveau je te redonnerai le sourire", sont un réconfort précieux.
"Je ne veux pas qu'on me dise que j'irai mieux. Laissez moi aller mal et pour plus tard, je ferai avec ... Par contre, j'ai besoin de présences autour de moi, j'ai besoin de pensées témoignées, j'ai besoin d'attention, d'affection. Enfin, il n'y a pas de "bons" mots, il faudrait juste DES mots (et des actes si possible) car il n'y a rien de pire que l'absence ...
Puisque je n'arrive pas à parler de moi, de peur de géner, de peur de mettre mal à l'aise, demandez moi de me livrer à vous. Faites moi dire ce qui me blesse, faites moi évacuer ce que je cache ... Si vous m'aimez, écoutez mes silences ..."
Voilà ce dont on a besoin lorsque le deuil nous accable. Voilà ce qui, précisemment, ne se passe jamais !
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S’il ne faut certainement pas vivre dans l’insouciance en niant que pour toute Vie il y a une Mort au bout ; il ne faut pas s’empêcher de vivre à trop craindre cette Mort. Refuser l’idée de mourir, c’est refuser sa propre condition humaine. Je crois que c’est en conférant sa place à la mort, en acceptant sa réalité douloureuse, qu’on accepte d’être humain et qu’on apprend peut-être aussi, à profiter davantage de la Vie.
Je terminerais ce petit laïus qui n’engage que moi, avec une citation de Tristan Bernard qui me touche autant qu’elle m’amuse :
« Mon père est mort, mon grand père est mort, je crains que ce ne soit héréditaire »...
2012-2013